15 avril 2006
Le Marais
Incontestablement au-delà de son patrimoine architectural et culturel exceptionnels, entre ses hôtels particuliers luxueux, la pittoresque place des Vosges, l'hôtel de Sens style Renaissance, en fait l'un des plus beau et plus vieux quartier de la capitale. Niché entre la Bastille et la république, Chemin Vert, Pont Marie, Saint-Paul, Saint-Sebastien-Froissard, Sully Morland : voici le Marais. Je n'aime pas spécialement la vie à Paris, mais c'est l'un des rares quartiers où j'aimerais habiter, néanmoins peu abordable, très côté donc très cher. Quartier tranquille ou il y fait bon vivre.
Description
Situé dans le triangle dessiné par l'Hôtel de Ville, la place de la Bastille et la place de la République, le quartier du Marais est l'un des plus beau quartier de Paris. Son patrimoine architectural exceptionnel témoigne de l'histoire de la capitale jusqu'à la chute de Louis XVI. Pourtant, tout comme l'île de la Cité, sa destruction était programmée dans le cadre des grands travaux haussmanniens du siècle dernier. La chute de Napoléon III en 1870 empêchera ce sacrilège. Abandonné depuis la Révolution de 1789, le quartier périclitait lentement mais sûrement. Il sera investi par des commerces et des entreprises à la fin du XIXème siècle. De nombreux hôtels particuliers seront alors transformés en entrepôts et ateliers.
Le Marais fera partie des "secteurs sauvegardés" de Paris. Cette initiative permettra de redécouvrir et de restaurer les trésors architecturaux et décoratifs des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècle. Elle aura pour conséquence de transformer le Marais en musée, entraînant la disparition progressive des artisans qui animaient le quartier.
Les entreprises épargnées sont aujourd'hui cantonnées dans la partie nord. Elles font vivre une population principalement immigrée et interviennent dans les secteurs de la maroquinerie, la bijouterie fantaisie et la confection. Le sud du Marais renferme quelques uns des appartements les plus luxueux de la capitale. La place des Vosges, habitée par des personnalités du spectacle et de la politique, est entourée d'antiquaires et de galeries d'art, de restaurants et de stylistes de mode.Histoire du Marais
Les moines et templiers installés au bord de la Seine défricheront, à partir du XIIème siècle, les terres marécageuses situées alors au nord de l'enceinte de Philippe Auguste. Charles V ordonnera la construction de l'hôtel Saint-Pol, en 1185, puis l'hôtel des Tournelles, au nord de l'actuelle rue Saint-Antoine, où résideront les rois et leur famille jusqu'à Henri III.
Le Marais deviendra un quartier important de la capitale au début du XVIIème siècle, à la fois centre d'élégance, de culture et de festivité. Il bénéficiera de la construction de nombreux hôtels particuliers en pierre de taille et en briques colorées qui constituent, depuis cette époque, l'un des attraits permanents du quartier. Les principaux d'entre eux sont aujourd'hui des musées : le musée Carnavalet, l'hôtel se Sens, l'hôtel de Rohan ...
D'un raffinement remarquable, leur décor intérieur retrace l'évolution des styles à travers les siècles, du style Renaissance au style Louis XVI : poutres et solives peintes sous Henri IV, boiseries et perspectives en trompe l'oeil de l'époque de Louis XIII, lambris décorés façon Louis XIV, stucs et dorures de l'art rocaille de style Louis XV. Préservés parfois par miracle depuis quatre siècles, ces trésors donnent un aperçu du train de vie mené par la haute société.
L'engouement pour le Marais ne sera pas constant. Le quartier, jugé trop étroit et trop sombre à l'avènement de Louis XIV, sera délaissé. Le goût de l'époque adoptera les vastes perspectives, la luminosité et la symétrie. Versailles deviendra le centre d'attraction du royaume au détriment du vieux Paris. Sous Louis XVI, malgré quelques superbes hôtels construits sur le thème du retour à l'antique, comme l'hôtel d'Hallwyll et l'hôtel de Sandreville, la noblesse abandonnera définitivement le Marais au profit des faubourgs Saint-Honoré et Saint-Germain.Un peu de géographie pour comprendre l'émergence du mot "Marais"
Après la dernière glaciation (il y a 17,000 ans) et ses fortes eaux, la Seine décrivaient deux boucles à Paris : une petite boucle à peu près à son son emplacement d'aujourd'hui et une grande boucle partant du pont d’Austerlix en passant par la Bastille, République, Château d’Eau, Saint Lazare, le rond point des Champs Elysées et l’avenue Montaigne jusqu'à l'Alma.
Après la fonte de la glaçe et la diminution des pluies, une zone de terres basses et marécageuses resta à l'emplacement de cette deuxième boucle de la Seine - le marais. Imaginez donc une terre inondable, humide et peuplée de saules.
Premier peuplement sur des terres "insubmersibles"
Mais le marais n'est que la partie « inondable » et orientale du quartier. Entre les deux boucles de la Seine existe une terre insubmersible, qui va de Saint Gervais à la rue Saint-Paul, les Blancs Manteaux jusqu'à Saint-Nicoles des Champs. C'est cette terre qui allait accueillir les premiers habitants du Marais.
Ainsi le premier bâtiment connu rive droite, fut une basilique qui existait dès la fin du IVe siècle sur le monceau de l'actuelle l'église Saint-Gervais.
Subsiste aussi enfouie quelque part sous la rue Saint-Antoine entre la rue de Birague et la rue des Tournelles, les restes d’une chaussée romaine, la route de Melun.
Enceinte de Philippe Auguste et l'émergence du Marais
L'enceinte de Philippe Auguste construite entre 1190 et 1220 enveloppa une partie des terres insubmersibles et marqua l'émergence du Marais comme un quartier de la ville. L'enceinte alla jusqu'à l'actuel rue des jardins Saint-Paul où elle est encore visible, longea la rue des Rosiers, en passant par la rue des Hospitalières Saint-Gervais, la rue des Francs Bourgeois au niveau du Crédit Municipal jusqu'à l'hôtel de Saint Aignan...
Les rues Saint Paul, du Roi de Sicile, Vieille du Temple et du Temple datent de cette époque. Les couvents des Blancs Manteaux, de la Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, des Carmes-Billettes Et la communauté juive s'installent sur les espaces inhabitées du Marais. En dehors des l'enceinte les Templiers construisent un enclos fortifié (le Temple).
Premier âge d'or du Marais
Le destin du Marais va dorénavant être lié à celui des rois de France maître d'oeuvre de sa transformation.
Charles V ( 1338-1380 ) planta deux siècles plus tard la Bastille en plein marécage à 500 mètres de Saint-Paul, limite des terres insubmersibles, et faisait construire une nouvelle enceinte qui rejoignait la Bastille et va englober les parties nord du quartier en suivant les actuels boulevards Beaumarchais, Filles du Calvaire et du Temple. L'enceinte est à la fois rempart et digue contre la Seine. Et les espaces asséchés du marais devenait des espaces libres pour bâtir.
C'est le premier âge d'or, où le Marais devient résidence des rois, avec Charles V à l'Hôtel Saint-Pol, situé entre la rue Saint-Antoine et la Seine, et plus tard l'installation des rois à l'Hôtel des Tournelles de l'autre côté de la rue Saint-Antoine. Suivis par leurs courtisans, selon l'adage "qui m'aime me suive"... De cette époque il ne reste que peu de témoins : quelques pans de murs et l'Hôtel de Sens - résidences des archêveques de Sens, maîtres religieux du Paris du Moyen Âge.
Le Marais du grand siècle
Le Marais occupe à nouveau une place de choix pendant le Grand Siècle qui va de l'avénement d'Henri IV à la mort de Louis XIV.
Mais avant cela, le roi Henri II est mortellement blessé lors d’un tournoi, rue Saint-Antoine en 1559, et meurt à l’hôtel des Tournelles. La famille royale abonne alors le quartier pour le Louvre et les Châteaux de la Loire.
L'hôtel des Tournelles fut délaissé et libera ainsi l'espace pour la future place royale. "C’est le coup de lance de Montgomery qui a créé la place des Vosges" écrit Victor Hugo.Le 2ème âge d'or du Marais fut donc lancé par Henri IV qui fit construire la place Royale (renommée place des Vosges en 1800) sur les terrains de l'ancien Hôtel des Tournelles.
Sous Louis XIII, le Marais devient à la mode et tous ceux qui comptaient à Paris s'installèrent dans le Marais.
La rue Saint-Antoine avec son Hôtel de Sully, son hôtel de Mayenne et l'église Saint Paul-Saint-Louis est alors la rue la plus chic de Paris.
Le marais juif
Des rues où des membres de la communauté juive vinrent s’installer, dans Paris, il y en eut plusieurs, mais aucune n’acquit une renommée et un attachement telle que la rue des Rosiers et les rues environnantes. Elles symbolisent, pour les juifs comme pour les non-juifs, LE quartier juif de Paris, pittoresque pour les touristes et empreint de nostalgie pour beaucoup de Juifs, le Marais continue de retentir de l’histoire de la diaspora des juifs émigrés à Paris.
La première difficulté qui se présente quand on étudie le « quartier juif », qu’on appelle en yiddish « pletzl », la petite place , c’est de le délimiter. Où commence-t-il ? Quand en sort-on ? Nul ne le sait. Comme le dit Jeanne Brody, ce petit bout de Pologne, planté au cœur du Marais, est une petite place qui se déplace. Tout d’abord parce qu’il y a encore débats sur l’emplacement exact du pletzl : la petite esplanade du métro St Paul ? Le croisement de la rue des Rosiers et de la rue Pavée ? Il y aura encore longtemps de longs palabres entre voisins pour s’approprier le cœur de la vie juive de Paris…
L’implantation des Juifs date du Moyen-âge. Le nom des rues en témoignent : la rue des Juifs (renommée au moment de L’Affaire Dreyfus rue Ferdinand Duval), la rue de la Juiverie St-Bon (rue de la Tacherie), qui devient en 1275, la rue de la Vieille-Juiverie.
Dès la fin du XIIe siècle, Paris est avant tout un port, autour de la place de Grève, on compte de nombreux tisserands et fourreurs juifs. En 1137 Louis VI le gros ordonne l’assèchement des marais dont le quartier garde le nom, lorsque les « Ebrieux » s’y installèrent rue de la Poterie et de la Grande-Truanderie. Mais en 1182 Philippe-Auguste prononce leur exclusion. Quinze ans plus tard ils se réimplantent plus à l’est dans la Juiverie St-Bon où sont attestées plusieurs synagogues. En 1306, nouvelle expulsion ! Au même moment, sous l’impulsion de Charles V, la noblesse investit le quartier jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
L’abandon du quartier par la cour pour les châteaux de la Loire puis Versailles va peu à peu rendre ce quartier au peuple, aux artisans et spécialement aux émigrés juifs alsaciens et lorrains qui s’y regroupent dès le XVIIIe siècle, en raison des bas loyers et de la proximité du marché du Temple.
En 1791, l’assemblée Constituante accorde la citoyenneté aux Juifs. Sous l’Empire sera crée le Consistoire. La synagogue de la rue St-Avoye, fondée en 1796, devient le Temple consistorial, avec ses deux cents places et ses allures de « petite cathédrale ». Le quartier regroupe encore en 1808 82% de la population juive parisienne ; les Juifs représentent 10% des habitants du quartier St-Avoye. En 1822, le consistoire bâtit la première grande synagogue rue Notre Dame de Nazareth ; Une autre suivra près de la Place des Vosges sous le second Empire. Le Marais juif a alors perdu les fastes de la cour d’autrefois : ateliers d’artisans, boutiques et entrepôts colonisent les hôtels particuliers dégradés où s’entassent une population de plus en plus pauvre.1880 voit affluer une première vague de Juifs d’Europe centrale, spécialement de Lodz et d’Autriche-Hongrie qui tentent leur chance loin des persécutions orchestrées par les autorités, tsaristes particulièrement.
Devant cette arrivée de nouveaux émigrants, plus religieux et moins bien intégrés, le Consistoire ainsi que des sociétés philanthropiques organisent écoles publiques, talmud torah, restaurant populaire et fourneau économique. La Société israélites des amis du travail (1823-1834) fonde une Ecole du Travail afin de former les enfants juifs indigents aux métiers manuels, rue des Singes, en 1865. Cette école existe toujours, 4bis rue des Rosiers, à la place de l’orphelinat Rotschild. Cela afin d’enrayer l’image du Juif pauvre exerçant les métiers caricaturaux de chiffonniers ou brocanteurs.
Les années 20-30 voient fleurir une étonnante vitalité culturelle et politique, avec ses cafés, ses imprimeries, son théâtre, ses journaux et ses combats idéologiques comme le montrent les archives du Bund et les querelles sur les candidats à soutenir aux élections nationales ; tout cela au milieu du grouillement de la vie des artisans, des ouvriers, des voitures à bras, à cheval qui bloquent les rues, les marchands des quatre saisons, des chanteurs des rues autour desquels on s’amasse pour reprendre le dernier refrain à la mode et les batailles des enfants du jardin des Vosges…
Déjà à cette époque, une petite communauté sépharade s’était établie autour de la rue François Miron, avec, elle aussi ses commerces et ses spécialités gastronomiques mais séparée par la rue de Rivoli, invisible frontière entre les deux communautés juives.
Les premières lois antisémites du régime de Vichy, datent d’octobre 1940 avec le statut des juifs qui les met à part du reste de la collectivité nationale et prévoit de fait leur exclusion économique et sociale en leur interdisant un nombre croissant d’activités. Les préfets ont dès lors le droit d’interner les juifs étrangers. La limitation des droits se poursuit en 1941 et 42. Le port de l'étoile jaune est imposé le 29 mai 1942 dans la zone occupée.
Trois grandes rafles se succèdent à Paris en 1941 et 1942 :
1°/ la rafle du 14 mai 1941 qui vise les hommes étrangers.
2°/ la rafle du 20 et 21 août : 4232 personnes, des hommes, juifs français ou étrangers sont internés à Drancy.
3°/ le 16 juillet 1942, la rafle du Vel d’hiv par laquelle 12884 personnes sont arrêtés, 3031 hommes, 5802 femmes, 4051 enfants. Au cours de l’été 1942, trois convois de 1000 personnes quittent chaque semaine Drancy pour Auschwitz où ils sont assassinés. Dans le Marais, près de 25000 personnes, hommes, femmes et enfants furent ainsi exterminés.Après la guerre, le pletzl va se survivre, hanté par la mort et la déportation d'une grande partie de sa population juive.
Dans les années 50, le quartier sombre peu à peu dans l'insalubrité. On pense même en raser une partie. On y emménage que contraint et attiré par les loyers modiques. C'est en 1962, sous l'impulsion de Malraux que le quartier va retrouver un lustre perdu depuis longtemps. Son plan de sauvegarde et de réhabilitation du Patrimoine lance une série de rénovations, de rachats et d'expropriations pour « ressusciter » les hôtels particuliers transformés en entrepôts et ateliers de toutes sortes.
La présence juive du quartier, déjà amputée par les déportations, diminue encore avec le départ des artisans et des entrepreneurs. Du Marais juif, seule la rue des Rosiers et quelques rues adjacentes continuent à représenter la communauté par ces devantures de restaurants et autres magasins d'alimentation.
C'est à la même époque qu'arrive la dernière vague d'immigration dans le Marais avec les Juifs d'Afrique du nord, les « Sépharades », qui vont donner à la rue des Rosiers la couleur qu'on lui connaît. Plus affirmatifs dans leur judaïsme, plus méditerranéen aussi, ils offrent un nouveau visage de la communauté.
Cela ne va pas sans heurts, surtout avec la communauté ashkénaze qui perd progressivement le contrôle du rite dans les synagogues du quartier. ils vont faire résonner l'accent « pied-noir » dans un Marais juif qui se limite de plus en plus à la rue des Rosiers.
Usé par la spéculation, le Marais juif, aujourd'hui quartier à la mode et chic, côtoyant les bars gays, tente de conserver son âme et l'image d'un passé qui se voudrait présent. Les boucheries cachères sont remplacées par des boutiques de vêtements et la nouvelle immigration se recrute dans les professions intellectuelles et les cadres supérieurs. goyim !Monuments et édifices du Marais
La place des Vosges
La place des Vosges héberge quelques commerces de luxe, terrasses de café et un grand restaurant. Elle donne accès au musée et à la maison de Victor Hugo ainsi qu' à l'hôtel de Sully.
Ses facades
Ses arcades
Histoire de la place des Vosges
Henri II, blessé par un coup de lance de Montgomery lors du tournoi donné à l'occasion du mariage d'Elisabeth de France avec Philippe II d'Espagne en 1559, sera transporté mourant à l'hôtel des Tournelles. Il y décédera dix jours plus tard. Catherine de Médicis obtiendra de Charles IX la destruction cette forteresse construite en 1388 pour Pierre d'Orgemont, dans le périmètre délimité par les rues actuelles Saint-Antoine, des Tournelles, de Turenne et Saint-Gilles. Le palais rasé avait été la demeure de Jean, duc de Berry, du duc d'Orléans, de Charles VI, du duc de Bedford, de Louis XI et de Louis XII. Ce dernier y décédera.
L'espace libéré accueillera un marché aux chevaux et sera le théâtre du duel entre les mignons d'Henri II et les hommes du duc de Guise. Henri IV ordonnera la construction de la place Royale en 1605. Il la veut vaste et magnifique. L'emplacement était alors occupé par une fabrique de drap. Henri IV voulait fournir aux Parisiens un lieu de promenade et de loisirs, un endroit réservé aux fêtes et aux cérémonies dans une ville où les espaces libres étaient pratiquement limités à la place de Grève.
Choisis par Henri IV, les plus grands architectes, les peintres et les sculpteurs les plus renommés seront mis à contribution. Jacques II Androuet Du Cerceau, Louis Métezeau, Le Vau, Le Brun, Mignard ... entre autres, adopteront un style proche de celui de la Renaissance. Chef d'oeuvre d'équilibre et d'élégance, avec ses 108 mètres de côté, elle est entourée de 36 pavillons sur arcades (9 de chaque côté de la place), comportant deux étages. La hauteur des façades est égale à leur largeur et la hauteur des toitures correspond à la moitié de celle des façades. Les toits bleus en ardoises d'Angers sont fortement pentus et les fenêtres sont encadrées de pierres blanches et de briques rouges.
Alexandre Dumas évoquera cette place dans son roman La Reine Margot. Avant lui, Corneille avait écrit La Place Royale. Les arcades sont à la fois un lieu de promenade et abritent des galeries marchandes, conformément à la volonté d'Henri IV. Les pavillons du roi et de la reine, au nord et au sud, sont plus élevés que les autres. Cette irrégularité symbolise la présence de l'autorité royale et accentue le charme de la place. Un jardin et quatre fontaines réalisées sur des dessins de Jean Ménager occupent le centre de la place. Celle-ci sera fastueusement inaugurée deux ans après l'assassinat d'Henri IV, en 1612, à l'occasion du mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, et de celui de la soeur du roi, la princesse Elisabeth de France avec l'Infant d'Espagne, le futur Philippe IV. La cérémonie donnera lieu à trois jours de festivités au cours desquelles s'illustreront des carrousels de cavaliers. Un feu de 4000 fusées sera tiré du haut des tours de la Bastille.
Un grand nombre de nobles, courtisans, seigneurs, bourgeois, financiers, jésuites et artistes s'empresseront de faire construire leur hôtel particulier à proximité. Cette débauche architecturale sera supervisée par les meilleurs architectes. Mademoiselle de Scudéry, Madame de Sévigné, la future Madame de Maintenon et tout ce que l'époque comptera de lettrés brillants s'installeront autour de la fameuse place et y tiendront salon. Les grands compositeurs, Marc-Antoine Charpentier et les Couperin (François et Louis notamment) s'installeront également dans le quartier et produiront leurs oeuvres dans les églises Saint- Paul et Saint-Gervais. Les comédiens du Marais, futurs membres de la Comédie Française, s'installeront rue Vieille du Temple en 1634 et installeront leur estrade en plein air, au centre de la place Royale.
Richelieu tentera de mettre un terme aux duels entre les nobles sur la place, en faisant ériger en 1639 une statue équestre de Louis XIII qui sera considérée comme un chef-d'oeuvre. La prise de la Bastille marquera la fin du Marais résidentiel, livré dès lors à l'abandon et à la destruction. La statue de Louis XIII sera détruite, à l'instar des autres érigées sous l'Ancien Régime. La place deviendra un champ de manoeuvres pour la garde nationale.
Baptisée place des Fédérés, le 19 août 1792, place de l'Indivisibilité, le 4 juillet 1793, Napoléon lui donnera le nom de place des Vosges, le 26 fructidor an VIII, en hommage au premier département qui s'était acquitté de ses impôts.
La Restauration lui réattribuera son place Royale, le 27 avril 1814, qu'elle abandonnera pour celui de place des Vosges, le 14 mars 1848, et qu'elle récupérera de 1852 à 1870.
La ville de Paris abandonnera un projet de parking en 1970 et replantera des arbres. La réfection du square et la réalimentation des fontaines datent de 1988.Description
Très fréquenté en été, ses arcades accueillent de nombreux musiciens. Les pelouses du square Louis XIII, théoriquement interdites d'accès, sont l'un des lieux préférés des Parisiens qui désirent s'étendre au soleil. Le Pavillon du Roi, le plus élevé, est situé du coté de la rue de Brirague. Le Pavillon de la reine, qui lui fait face, héberge l'un des hôtels les plus agréables de Paris. La place comptera de nombreux résidents célèbres, parmi lesquels madame de Sévigné (qui y naîtra), Marion Delorme, Alphonse Daudet, Bossuet, Victor Hugo ...
L'Ambroisie - Hôtel des Luynes restaurant de prestige
Hôtel de Sully
L’Hôtel de Sully n’a pas été construit pour le célèbre ministre d’Henri IV dont il porte le nom et qui n’y vécut que six ans. Sully acquiert en 1634 cette maison aristocratique à peine achevée (il fut bâti par du Cerceau entre 1625 et 1634). La décoration intérieure et la construction du bâtiment au fond du jardin, « le petit Sully », communiquant avec la place des Vosges, en fait un bel exemple de l’hôtel parisien du XVIIème siècle, l'exemple type de l'hôtel français entre cour et jardin. Acheté par l’Etat, il fut un des premiers hôtels particuliers du Marais à être restauré. Il accueille aujourd’hui la Caisse nationale des Monuments Historiques.
Anecdote : un corps de logis avait été construit au début du XIXème siècle entre les deux pavillons, au-dessus du porche de la rue Saint-Antoine, les commerces au rez-de-chaussée de l’hôtel ouvraient directement sur la rue. L’hôtel de Sully est méconnaissable quand il est racheté par l’Etat après la seconde guerre mondiale.
Pavillons du Roy et de la Reine
Les pavillons du roi et de la reine, au nord et au sud de la place des Vosges, sont plus élevés que les autres. Cette irrégularité symbolise la présence de l'autorité royale et accentue le charme du site.
Pavillon de la Reine Hôtel de prestige
Pavillon du Roy - Hôtel particulier demeure du passé
Hôtel particulier demeure du passé
Maison Victor Hugo - Hôtel de Rohan Guéménée
Ce pavillon de la place des Vosges est acheté en 1637 par Louis de Rohan, prince de Guéménée qui lui donne son nom. De 1832 à 1848, Victor Hugo occupe un appartement au deuxième étage. Acheté en 1873 par la ville de Paris, l’hôtel accueille depuis 1903 la Maison de Victor Hugo.
Musée Carnavalet - Musée de l'histoire de Paris
En mars 1545, Jacques de Ligneris, avocat au Parlement de Paris, achète cinq parcelles de la couture Sainte Catherine à proximité de l’hôtel royal des Tournelles pour y faire construire son hôtel. Dès 1578, l’hôtel à peine achevé est racheté par la veuve de M. de Kenevenoy qui par déformation lui donne son nom.
En 1660-1661, l’hôtel Renaissance est transformé par François Mansart pour Claude Boislève, intendant de Nicolas Fouquet. Après son arrestation, l’hôtel est saisi et change de propriétaire. D’octobre 1677 à sa mort en 1696, l’hôtel est loué par Mme de Sévigné qui lui donne toute sa renommée. Saisi pendant la révolution, l’hôtel connaît diverses attributions (clinique, école des Ponts et Chaussées) avant d’être acquis en 1866 par la ville de Paris pour y installer son Musée Historique.
Anecdote
C’est grâce à la riche donation des collections d’Alfred de Liesville, historien passionné par la ville de Paris que fut rendu possible le premier musée d’histoire de Paris en 1880 ; les archives et bibliothèques qui composaient le premier fonds du musée sont transférées en 1897 à l’hôtel Le Peletier de Saint Fargeau, acquis par la ville pour abriter la bibliothèque historique de la ville de Paris ; celle-ci émigre en 1969 à l’hôtel Lamoignon.Musée d'art et d'histoire du Judaïsme
Le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme se trouve à l'Hôtel de Saint-Aignan depuis 1998. Achéve en 1650 pour le comte d'Avaux, siège de la 7e municipalité en 1795, il fut habité dès le milieu du 19e siècle par des artisans juifs immigrés de Pologne, Roumanie et Ukraine. Lors des rafles de Paris de 1942, plusieures personnes y furent arrêtées. L'hôtel fut racheté par la Ville de Paris en 1962, puis restaurés en plusieures tranches.
Hôtel de Soubise - Musée de l'Histoire de France - Centre Historique des Archives Nationales
Hôtel Salé - Musée Picasso
L'hôtel de Sens
L'hôtel de Sens est, avec l'hôtel de Cluny et la maison Coeur, l'un des seuls vestiges de l'architecture civile du Moyen-Age parisien. Véritable forteresse, il a été construit entre 1474 et 1519 pour l'évêque de Sens.
Description
Henri IV y logera son ex-femme en 1605, la fameuse reine Margot, qui y mènera une vie extravagante, libertine et mouvementée malgré les recommandations du roi qui lui conseillait amicalement de "ne plus prendre la nuit pour le jour et le jour pour la nuit". Elle collectionnait les cheveux de ses amants pour s'en faire des perruques et lancera la mode du visage fardé pour masquer son visage couperosé. Margot fera couper le figuier qui gênait les manoeuvres de son carrosse. La rue du Figuier tire son nom de cet arbre abattu.
Le portail, les tourelles et le donjon carré de l'hôtel sont d'origine. Le reste en revanche a été restauré et reconstruit de 1936 à 1962, hélas sans véritable souci d'authenticité.La cour intérieure de l'hôtel de Sens
Ses jardins
Rue de Sévigné
Ce cul de sac médiéval menant à l’église du couvent Sainte Catherine du Val des Ecoliers est prolongé au nord lors du lotissement de cette couture en 1545 et devient ainsi la « rue de la couture Sainte Catherine » jusqu’en 1867. Par admiration pour le couvent des Annonciades célestes qui se trouvait dans cette rue, la marquise de Sévigné la baptise « rue des Filles Bleues » ; son nom rappelle aujourd’hui l’importante présence de cette femme de lettres, qui habita dans cette rue, à l’hôtel Carnavalet de 1677 à 1694.
Anecdote : Au n°5 de la rue de Sévigné, une plaque garde le souvenir de la philanthropie de François-Vincent Raspail, savant et homme politique, qui y exerça la médecine populaire dans ce quartier pauvre de Paris de 1840 à 1848 avant de prendre part à la révolution de février 1848 et de devenir député.Hôtel de Chavigny
Cette caserne de pompiers occupe l’emplacement de l’hôtel de Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, roi de Naples et de Sicile, sans doute l’un des premiers princes à s’être installé dans cette partie de Paris.
S’y trouvait aussi l’hôtel du comte de Chavigny, ministre de Louis XIII, un hôtel Renaissance modernisé à partir de 1642 par François Mansart. Le domaine est divisé à la fin du XVIIème siècle et fait place à deux hôtels : l’hôtel « de Mansart » est réaménagé et s’ouvre pour la première fois sur la rue de Sévigné ; sur l’autre partie du terrain est construit l’hôtel de la Force transformée en prison à la fin du règne de Louis XVI et démoli en 1850.
L’hôtel de Chavigny est acheté en 1913 par la ville de Paris et transformé en caserne, mais il reste quelques vestiges du talent de Mansart à y admirer comme sa façade sur l’ancien jardin.
Cour d'un hôtel particulier
Hôtel de Flesselles - demeure du passé
Hôtel Le Peletier de Saint Fargeau
Cet hôtel majestueux est construit en 1686 par l’architecte Pierre Bullet pour une grande famille de parlementaires ; il porte aujourd’hui le nom du troisième héritier, Louis Michel Le Peletier de Saint Fargeau, député de la noblesse aux Etats Généraux, entré dans l’histoire pour avoir voté la mort du roi Louis XVI en 1793, ce qui lui valut d’être assassiné par un garde du corps du roi dans un café du Palais Royal. Très caractéristique du style sévère du classicisme français à la fin du règne de Louis XIV, cet hôtel est remarquable par cette puissante sobriété et l’absence presque totale d’ornementation. Modifié au cours du temps et au gré de ces attributions, cet hôtel abrite depuis 1986 une annexe du Musée Carnavalet consacrée à l’histoire de Paris depuis la Révolution.
Anecdote : après avoir accueilli, comme de nombreux hôtels particuliers du Marais, une pension pendant la première moitié du XIXème siècle, l’hôtel Le Peletier de Saint Fargeau devient de 1897 à 1967 la bibliothèque de la ville de Paris, avant son transfert à l’hôtel de Lamoignon, rue Pavée.
Rue des Francs-Bourgeois
Entre la Place des Vosges et la rue des Archives, la rue des Francs-Bourgeois rassemble depuis 1851 deux voies médiévales longeant l’enceinte de Philippe Auguste, les rues de Paradis et des Francs Bourgeois (d’abord nommée rue des poulies à cause de ses nombreux ateliers de tisserands), et les rues modernes Neuve Sainte Catherine et de l’Echarpe. Ces quatre rues connaissent un éclatant développement au XVIIème et XVIIIème siècle avec la construction de nombreux hôtels particuliers qui mènent à la place Royale.
Anecdote
La rue des Francs Bourgeois tient son nom d’une maison d’aumône construite au XIVème siècle pour y loger des pauvres bourgeois « francs d’impôt ».
Hôtel Hérouet - demeure du passé
Rue François Miron
Cette rue n’a été baptisée du nom du prévôt des marchands du roi Henri IV qu’en 1865. Elle appartenait en effet à la rue Saint-Antoine du Moyen Age jusqu’au percement de la rue de Rivoli au milieu du XIXème siècle qui modifia la trame urbaine du quartier du Marais. Elle a donc la même histoire que la rue Saint-Antoine comme en témoigne la richesse de ses maisons médiévales, renaissance et modernes.
Anecdote : Les colombages des immeubles des numéros 11 et 13 de la rue François Miron ne datent que de leur restauration à la fin des années 60.
Maisons du moyen âge
Hôtel de Beauvais
Cet hôtel de prestige est construit à partir de 1654 par Antoine Le Pautre pour Catherine Henriette Bellier, épouse de Pierre de Beauvais et première femme de chambre de la reine Anne d’Autriche, à l’emplacement d’une ancienne maison médiévale. Les contraintes du terrain exigu, à quinze côtés donnent un caractère insolite à cet hôtel, inauguré lors de l’entrée de Louis XIV et de Marie Thérèse dans la Ville pour fêter leur mariage en 1660.
En 1763, l’hôtel est loué par le comte Van Eyck qui y accueille pendant cinq mois le jeune Mozart lors de sa première tournée parisienne. Saisi pendant la Révolution, il est ensuite loué et modifié pendant tout le XIXème siècle et au début du XXème siècle. Acheté par la Ville en 1943, restauré, il accueille aujourd’hui la Cour Administrative d’Appel.
Anecdote : lors du passage de Louis XIV et de Marie Thérèse dans la rue Saint Antoine le 26 août 1660, se trouvent au balcon de l’hôtel de Beauvais la reine mère Anne d’Autriche, la reine d’Angleterre, Mazarin et Turenne.
Maison Renaissance - Maison de Marie Touchet
Rare exemple de l’architecture de la première Renaissance à Paris, cette maison de pierres et de briques de couleur est construit au début du XVIème siècle. Divisée par deux cours, présentant de beaux chapiteaux dans le goût de la Renaissance dans la première, des façades en pans de bois décorés dans la seconde, cette maison a été rachetée et restaurée par la Ville de Paris à la fin du XIXème siècle.
Village Saint- Paul
Au VIIe siècle, en 630, Saint-Eloi Ministre et Grand Argentier de Dagobert 1er fonde un monastère de femmes dédié à Saint-Martial dans l’Ile de la Cité. Trois Cents moniales y résident en permanence. En 635 il construit à la limite des marécages sur la rive droite une basilique dédiée à Saint-Paul-de-Tébaïde. Cet édifice sera à l’origine du Village Saint-Paul des Champs. Après la construction des remparts Philippe Auguste (1190-1209), le Village Saint-Paul sera nommé hors les murs. Choisi par Charles V comme lieu de résidence en 1360, le Village Saint-Paul deviendra la paroisse des Rois de France de 1361-1559.
Tout autour du Village Saint-Paul se trouvent les Hôtels de (d’) :
- Sully
- Sens
- Aumont
- La Marquise de Brinvilliers.
Rue des oiseaux
Impasse de la poissonnerie
Rue des Rosiers
La rue des Rosiers, une des rues les plus connues du quartier, se trouve au cœur du Pletzl et avec ses nombreuses enseignes en hébreu est le symbole de l’histoire juive du Marais. Sans doute ouverte au XIIIème siècle, elle était protégée et longeait les remparts de Philippe Auguste ; elle tient son nom des rosiers qui poussaient contre ces murs.
On y trouvait dès le XIIIème siècle une synagogue construite grâce à la juridiction particulière des Templiers. Mais en 1394, le bannissement rend invisible la présence juive dans ce quartier jusqu’à la Révolution.
Rue privilégiée de l’immigration juive au XIXème siècle, décrite dans de nombreuses œuvres littéraires, chargée d’évènements tragiques en particulier pendant la seconde guerre mondiale, la rue des Rosiers est aujourd’hui une rue commerçante où les restaurants, delicatessen, librairies et boutiques de luxe se côtoient.
C ’est dans la rue des Rosiers, devant le restaurant Goldenberg, que le 9 août 1982, un attentat à la bombe fait 6 morts et 22 blessés, acte antisémite qui bouleversa la France et dévoila le problème du terrorisme palestinien.
Rue Charlemagne
Cette rue, qui abrite le lycée Charlemagne (n° 13) et des vestiges de l'enceinte de Philippe-Auguste (n° 9 à 15), prend naissance au niveau du n° 31 de la rue Saint-Paul, et finit à hauteur des n° 14 de la rue des Nonnains D'hyères et 2 de la rue de Fourcy. Existant vers le milieu du XIVème siècle, elle était initialement comprise dans la rue de Jouy.
Elle portera les noms de rue de l'Abbé de Jouy, de la Fausse Poterne, de la Fausse Poterne Saint-Paul, avant d'être baptisée rue de l'Archet Saint-Paul puis rue des Prêtres Saint-Paul.
Lycée Charlemagne
Cette maison recevait les jésuites ayant prononcé leurs vœux jouxtant l'Église Saint-Louis des Jésuites (actuellement Saint-Paul Saint Louis). En 1762, le Parlement fit fermer les établissements et confia l'enseignement à des laïcs qui formèrent les révolutionnaires de 1789.
Rue Beranger
Cette ancienne rue de Vendôme construite par arrêts du Conseil du Roi des 23 novembre 1694 et 22 décembre 1696, qui prend naissance à l'angle des rues de Franche Comté et Charlot pour finir rue du Temple, sera rebaptisée du nom Jean Pierre de Béranger (1780-1857), chansonnier français décédé au n° 5, par décret du 24 août 1864.
Né rue Montorgueil le 19 août 1780, Pierre-Jean Béranger sera élevé par son grand-père tailleur avant d'être pensionnaire d'un institut rousseauiste de Péronne. Un imprimeur lui enseignera l'amour de la langue et de la prosodie. Lucien Bonaparte, qui recevra ses vers avant de partir en exil, lui lèguera sa pension de membre de l'Institut. Béranger exercera les métiers de commis de banque et de commissionnaire aux bureaux de l'Université. Il publiera quatre Recueils de ses Chansons en 1815 et 1833. Ses couplets, à la fois libéraux et patriotiques, lui vaudront de lourdes amendes et plusieurs séjours en prison. Très populaire, il sera élu député de Paris en 1848, sans même se présenter. Passé de mode sous le Second-Empire et repoussé par les Républicains qui lui reprocheront sa nostalgie napoléonienne, il décédera rue Béranger à 77 ans.
Hôtel Bergeret de Frouville - Hôtel particulier - demeure du passé
Les deux hôtels particuliers qui composent le groupe scolaire Béranger sont construits sur trois parcelles, loties par Jean Beausire, qui appartenaient autrefois au Temple. Abraham Peirenc de Moras fera édifier son hôtel à l'emplacement de l'actuel numéro 3 vers 1720. Il y habitera jusqu'en 1732, date à laquelle il emménagera l'hôtel de Biron qu'il venait de faire construire rue de Varenne. Le fermier général Bergeret de Frouville, qui rachètera le bâtiment aux héritiers du premier propriétaire à la fin du XVIIIème siècle, donnera son nom à l'hôtel. La ville de Paris le rachètera le 8 mars 1882 pour y installer une école.
Jean Pujol, conseiller du Roi et secrétaire des Finances, fera construire son hôtel à l'emplacement du numéro 5 de la rue, également vers 1720. La propriété sera adjugée à Salomon de la Haye des Fossés, secrétaire du Roi et de ses Finances, en 1753. La fille du nouveau propriétaire Elisabeth Marguerite Thérèse, épousera Bergeret de Frouville, son voisin. L'hôtel de la Haye sera divisé en appartements au début du XIXème siècle. Pierre Jean Béranger y passera les dernières années de sa vie. La ville de Paris rachètera le bâtiment le 26 décembre 1889 pour y installer un collège.
Les hôtels Bergeret de Frouville et de la Haye, très identiques, semblent être l'oeuvre du même architecte. Les bâtiments comprennent chacun un long corps de logis central de dix travées et de deux ailes latérales de cinq arcades. L'aile de l'hôtel de Bergeret de Frouville sera amputée de deux travées lors du percement de la rue de Franche-Comté en 1887.Hôtel de la Haye - Hôtel particulier - demeure du passé
Rue de Birague
Cette rue, qui commence 36 de la rue Saint-Antoine, prend fin à hauteur du 1 de la place de Vosges, à l'extrémité du passage aménagé sous l'hôtel du Roi. Anciennement, rue Royale Saint-Antoine, puis rue du Pavillon du Roi, cette rue sera rebaptisée rue des Fédérés en 1792, puis rue Nationale en 1800.
Elle reprendra le nom de rue Royale Saint-Antoine en 1814. Le décret du 24 août 1864 lui donnera celui de René de Birague (1507-1583), cardinal et chancelier de France, en raison de la proximité de la fontaine qu'il avait fait achever et à laquelle il avait donné son nom.
Rue de Braque
Cette voie ouverte par les templiers à la fin du XIIIème siècle, qui relie les rues des Archives et du Temple à hauteur de l'hôtel de Clisson, portera les nom de rue des Boucheries du Temple, des Bouchers, des Boucheries de Braque et de la Chapelle de Braque. La famille de Braque habitait dans cette rue au XIVème siècle.
Rue de Montmorency
L’actuelle rue de Montmorency recouvre deux rues ouvertes au XIIIème siècle lors du lotissement des terres du prieuré Saint Martin des Champs (actuel Conservatoire des Arts et Métiers): la rue Courtauvillain, située entre la rue Saint Martin et la rue Transnonnain (actuelle rue Beaubourg) et la rue du sieur de Montmorency. Elle porte depuis 1768 le nom d’une des plus importantes familles du Marais de la Renaissance qui y possédait son hôtel particulier, vendu et transformé au XVIIème siècle. Modifiée par les siècles, la rue de Montmorency est représentative des rues du centre de Paris présentant différents styles architecturaux. On peut encore aujourd’hui y voir l’une des plus anciennes maisons de Paris, l’auberge Nicolas Flamel, construite en 1407.
Anecdote : la rue de Montmorency, portant le nom et conservant le souvenir de la puissance d’une grande famille nobiliaire, est débaptisée pendant la Révolution Française et devient jusqu’en 1806 la « rue de la Réunion ».
Maison de Nicolas Flamel -1407
Le numéro 51 correspond à l'ancienne maison de Nicolas et Pernelle Flamel bâtie en 1407, la plus ancienne de Paris. Son premier propriétaire, écrivain et juré de l'Université, prétendait posséder la pierre philosophale. Très restaurée, elle héberge aujourd'hui un restaurant sans éclat. Une restauration récente a mis à jours des images gravées.
Hôtel de Montmorency - Hôtel particulier - demeure du passé
L'hôtel de Montmorency, situé au numéro 5 de la rue qui porte le nom de son propriétaire, aurait hébergé Fouquet et protégé Théophile de Viau (1590-1626) réputé pour son libertinage et son engagement aux cotés des Huguenots.
Rue de Thorigny
Cette ancienne rue Neuve Saint-Gervais, qui portera partiellement en 1575 le nom de l'ancien hôtel de Thorigny situé dans le voisinage, commence à l'angle de la rue de la Perle et la place de Thorigny, et rejoint la rue Debelleyme où elle aboutit.
Le surplus de la voie, ouverte sous le nom de rue Neuve Saint-Gervais, puis rue Saint-Gervais, sera ensuite baptisée rue des Morins. Elle sera prolongée par un décret du 2 octobre 1865 et un arrêté du 2 avril 1868. L'actuelle rue du Parc Royal fera partie de la rue de Thorigny. L'hôtel de Juigné ou Salé, au n° 5, abrite aujourd'hui le musée Picasso.
Rue des Archives
La rue des Archives regroupe depuis 1889 cinq rues médiévales : les plus anciennes, la rue des Billettes et la rue de l’Homme Armé permettaient de relier la rue de la Verrerie à l’enceinte de Philippe Auguste. Les trois autres voies, la « rue du Chaume », la « rue du Grand Chantier » et la « rue des Enfants Rouges » sont ouvertes en 1290 au moment du lotissement de la « ville neuve », sur les terres des Templiers, et permettaient de relier le centre de Paris à l’Enclos du Temple.
Aujourd’hui son nom rappelle l’importance de l’institution des Archives Nationales installées ici depuis 1808.
Anecdote
Les noms des rues constituant aujourd’hui la rue des Archives faisaient écho à l’histoire du Marais : la rue des Billettes rappelait l’importance du pèlerinage à l’église Notre Dame des Billettes ; la rue de l’Homme Armé évoquait une enseigne célèbre de ce quartier ; la rue du Chaume reprenait le nom de la poterne ouverte à cet endroit pour les Templiers dans l’enceinte de Philippe Auguste ; la rue du grand chantier faisait référence aux travaux importants entrepris par les Templiers en 1290 pour lotir cette partie du Marais et à la plâtrière installée ici ; la rue des Enfants Rouges gardait le souvenir de l’hôpital des Enfants Dieux créé par François 1 er pour accueillir des orphelins (qui portaient des vêtements rouges), fermé en 1772.Hôtel de Clisson puis de Guise - Hôtel Soubise
A la suite du roi Charles V, de nombreux grands serviteurs de l’Etat s’installent dans le Marais. C’est le cas d’Olivier de Clisson, compagnon d’armes de Bertrand Du Guesclin et connétable de France sous Charles VI qui se fait construire en 1371 un hôtel ouvrant sur la rue des Archives par une grande porte fortifiée à deux tours.
Ces deux tours en encorbellement qui marquent aujourd’hui le paysage de la rue des Archives sont les seuls vestiges conservés à Paris des grandes demeures civiles du XIVème siècle. Cet hôtel est vendu en 1556 à la famille des Guise qui le conserve jusqu’au XVIIIème siècle.
Le duc de Guise, Henri le balafré le fait fastueusement décoré selon les goûts de la Renaissance ; l’hôtel de Guise est alors un haut lieu de la Ligue, de complots et d’intrigues appartenant à l’histoire des guerres de religion. Ainsi, quand en 1700 le prince de Soubise rachète la vieille demeure, il décide de conserver des traces de l’histoire ancienne et prestigieuse de ces hôtels.Anecdote : c’est dans la chapelle des Guise décorée par l’italien Nicolo dell’Abate qu’aurait été décidé le massacre de la Saint Barthélemy en août 1572. Lors de la journée des barricades le 12 mai 1588, Catherine de Médicis vient elle même à l’hôtel de Guise pour négocier le retour au calme de la population parisienne protégeant et soutenant la politique extrémiste du duc de Guise.
Le cloître et l'église des Billettes
Les chroniques médiévales nous relatent qu’ici se trouvait la maison du Juif Jonathas devenue la maison du Miracle : le 2 avril 1290, le jour de Pâques, Jonathas aurait profané une hostie consacrée en la jetant dans une marmite ; la « poignardant », l’hostie aurait saigné.
Condamné à mort par le roi, ses biens confisqués, la maison du Juif Jonathas devient très vite un lieu de pèlerinage important ; ainsi, en 1294, un bourgeois de la ville de Paris reçut l’autorisation d’édifier une chapelle expiatoire à l’emplacement de la maison « où Dieu fut bouilli ». En 1299, le roi Philippe le Bel y installe les frères hospitaliers de la Charité Notre Dame (appelés aussi billettes) pour assurer le service religieux de la chapelle. Haut lieu de pèlerinage, les dons affluent dans cette communauté qui fait reconstruire l’église, consacrée à la trinité, à la vierge et à tous les saints en 1405 et y ajoute un cimetière et un cloître (que nous pouvons toujours voir aujourd’hui) en 1427.
La règle des hospitaliers se relâchant avec les siècles, le nombre de religieux diminuant, en 1631 s’y installe une autre communauté, les Carmes réformés de l’Observance de Rennes, (qui adoptent alors le nom de Carmes - Billettes) ; ils reconstruisent l’église en 1756-58 selon les dessins de l’architecte dominicain Claude Navan dans le style néoclassique que nous lui connaissons aujourd’hui. Désaffectés pendant la révolution, la ville de Paris rachète l’église et le couvent en 1800 ; l’église est affectée au culte luthérien en 1812 puis restaurée ; les bâtiments conventuels ont été transformés en école à la fin du XIXème siècle ; le cloître de 1427 a été sauvé et restauré à la fin du XIXème siècle et à la fin du XXème siècle ; dernier cloître de Paris, il séduit par ses petites dimensions et sa simplicité.
Anecdote
Le nom de « billettes » vient de l’habit primitif des frères hospitaliers de la Charité Notre Dame ; en effet, celui-ci était orné de billettes, figure héraldique en forme de rectangle.La légende du juif Jonathas d'après la chronique des bouffons - 2 avril 1290
Un juif ayant prêté de l’argent sur gage à une pauvre mais méchante femme, demeurant à Paris, convint d’un marché avec cette malheureuse : elle lui porterait le saint sacrement qu’elle recevrait le jour de Pâques. Elle alla à Saint Merri, vint à la sainte et sacrée communion et comme un second judas elle porta l’hostie à l’infidèle, lequel soudain s’acharna à coups de « canivet » sur le corps précieux de notre seigneur, et bien que ce soit impossible, l’hostie saigna en grande abondance, ce qui n’empêcha pas le maudit hébreu de la jeter dans le feu d’où elle sortit sans nulle lésion et se mit à voler dans la chambre. Le juif forcené la prit et la lança dans une chaudière d’eau toute bouillante, et soudain cette eau fut changée en couleur de sang et aussitôt l’hostie s’éleva miraculeusement et apparut clairement et visiblement ce qui est caché sous le pain, à savoir la forme et la figure de notre seigneur Jésus Christ crucifié, non sans grand étonnement du juif, qui sans se convertir, se retira tout éperdu dans sa chambre. Ce forfait si détestable fut découvert par un fils du juif qui le dit aux enfants des chrétiens, ne pensant pas que cela fut la ruine de son père, ce qui causa qu’on entra au logis du criminel ; l’hostie trouvée et portée à Saint Jean en Grève, le juif fut pris et brûlé tout vif, selon la gravité de son crime.)
Le couvent de la Mercie
L’ordre religieux de Notre Dame de la Rédemption des Captifs ou des Pères de la Merci se consacre depuis 1218 au rachat des chrétiens capturés par les barbaresques. En 1613, la reine Marie de Médicis les installe rue du Chaume, actuelle rue des Archives.
Une église et les premiers bâtiments conventuels sont alors construits. Mais quand François de Soubise entreprend les travaux de son hôtel au début du XVIIIème siècle, il souhaite aussi avoir un beau vis à vis et finance la reconstruction de l’église de la Merci, où sa famille possède une chapelle, et du couvent, travaux menés par son architecte Germain Boffrand.
L’église qui se trouvait au n°47 de la rue des Archives a été fermée puis détruite à la révolution et remplacée par des immeubles de rapport. Le couvent qui se présente comme un hôtel particulier avec son grand portail a été conservé et transformé pour l’habitation. Il possède encore un beau cadran solaire sur une de ses façades et un très bel escalier.
Maison de la famille Coeur
Cette école primaire est un monument historique classé ayant une longue histoire. En effet, lors d’une restauration en 1971, on découvre une magnifique façade en briques rouges et noires datant de la fin du XVème siècle, vestiges d’une demeure ayant appartenu à Marie Cœur, fille du célèbre argentier du roi Charles VII.
C’est peut être la première maison parisienne construite en brique, mode qui n’apparaît qu’avec le règne d’Henri IV au XVIIème siècle. Vendue et embellie selon les modes des siècles suivants, elle conserve encore aujourd’hui un beau portail rocaille de l’époque Louis XV. La demeure est ensuite progressivement transformée en école à la fin du XIXème siècle.
Commentaires
OUAHHH hyper documenté, je reviendrai lire tout ça, beau blog...
Très beau votre blog. Les sujets y sont très intéressants.
C'est avec beaucoup d'émotion que je poste ce commentaire. En mémoire pour tous ceux qui ont vécu dans ce quartier à une époque où il ne faisait pas bon vivre. Ma mère habitait rue des Escouffes, mon père rue des Archives. Ils ont connu la rafle du 16 juillet 1942. Ma mère avait 12 ans. Par chance elle à réussi à se cacher dans les toilettes entre deux étages, ma grand-mère l'avait poussée en lui faisant comprendre de rester là et d'attendre. A 12 ans elle était en âge de comprendre qu'elle pouvait être sauvée. Elle l'a vue partir avec ses deux petits frères âgés de 8 et 4 ans. Elle n'est jamais revenue, pas plus que mon grand-père résistant arrêté et déporté.
Mon père lui qui avait 14 ans, s'est réfugié avec sa famille dans une chambre exiguë au cinquième étage entassés à six dans 10 m2. Ils sont restés cloîtrés dans ce réduit sans pouvoir à peine bouger, pendant deux jours. C'est la concierge qui est venue les prévenir qu'ils ne risquaient plus rien.
J'ai vu en parcourant votre blog que vous avez également consacré une page à la rafle du Vel d'Hiv du 16 juillet 1942. Je voulais juste vous remercier d'honorer les miens à travers cette page de l'histoire qu'on a souvent tendance à oublier. Mes parents n'ont jamais oubliés. Surtout ma mère. Elle ne peut ni oublier, ni pardonner même 65 ans plus tard. Le plus dur pour elle est de lire les noms, prénoms et date de naissance de sa famille sur le mur du mémorial de la Shoah.
Bien à vous,
Eddy
Super intéressant ton post sur le Marais. Hyper documenté aussi, tu as du passé pas mal de temps. J'ai appris pas mal de choses que j'ignorais du plus vieux quartier de Paris.
Cordialement
Félicitations pour la partie sur le Pletzl, c'est le texte le plus complet que j'ai trouvé sur le sujet sur le net, notamment la partie sur le moyen âge.
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