16 novembre 2006
Le commandant d'Auschwitz vous parle
Ce livre m'a bouleversé. En lisant Holocause je pensais avoir tout lu, mais celui-ci va au-delà du supportable : le comble de l'horreur. Le paradoxe réside dans le coté "captivant" du livre qui se dévore littéralement alors qu'il raconte des choses inimaginables, inconcevables. Il décrit avec une minutie insoutenable et un sens du détail impressionnant comment des humains (« totalement déshumanisés ») ont pu se comporter ainsi ! Le camp se trouve diriger comme une entreprise, on parle de rendement, de gain de temps... mais surtout pas d'êtres humains, Rudolf Hoess ( commandant du camp du 1er décembre 1943 au 8 mai 1944 ) qui s'intéresse seulement à des chiffres inscrits sur une feuille de papier qu'on a dû déchirer, tout comme l'ont été des millions de familles, méthodique et consciencieux investit d'une mission d'extermination. C'est cette "tâche à accomplir" par un homme qui pourrait être un ouvrier spécialisé, un chercheur, un mathématicien, qui rend ce récit à la limite du soutenable.
Certains passages sont douloureux voire insoutenables, en insistant lourdement ce que fut la " solution finale". Rien n'est épargné, tout est détaillé depuis l'arrivée sur la rampe à l'ouverture des wagons jusqu'à leur sortie dans les crématoires. " Ici on entre par la porte et on ressort par la cheminée ". Ca vous fait froid dans le dos et vous glace les os. Ce qui est terrible également, c'est de voir les rouages d'une dictature, les bourreaux tout comme les victimes deviennent des animaux : les victimes se doivent de survivre, de trouver à manger, se doivent d'essayer de répondre aux besoins de tout être vivant ; les bourreaux eux, sont conditionnés, comme des chiens dressés, à obéir et surtout à ne pas penser. Tout est calculé, minutieusement, froidement, dans le moindre détail, à savoir combien ils vont pouvoir gazer de corps (ils les appellent des unités) à l'heure, car il faut le rendement. Puis cette odeur qui se dégage des fours, où ils brûlaient les corps. J'avais l'impression de sentir ce gras.
" Les prisonniers du commando crématoire composé de Juifs accomplissaient leur tâche horrible avec une indifférence hébétée. Ils cherchaient uniquement à achever leur travail aussi vite que possible pour pouvoir se reposer plus longtemps et pour chercher du tabac et des victuailles dans les vêtements des gazés. Quoiqu'ils fussent bien nourris et dotés d'importants suppléments, on les voyait souvent traîner d'une main un cadavre, tout en tenant dans l'autre quelque chose de mangeable. Même pendant le travail le plus horrible - l'extraction des cadavres enterrés dans les fosses communes - et pendant l'incinération, ils continuaient à manger tranquillement. Ils ne se laissaient pas ébranler même lorsqu'ils trouvaient les êtres les plus proches parmi les gazés.
J'avoue, j'ai eu du mal à terminer ce livre à la limite de la nausée. On n'en sort pas indemne ...Qui ose prétendre que ce n'est qu'une page de l'histoire et que ca n'a jamais existé ? Celui qui a vécu ça comment peut-il retrouver une vie normale ?
Accablant plaidoyer que le commandant du célèbre camp de la mort a rédigé dans sa prison sur le conseil de ses avocats. A l'écouter, rien de ce qui est arrivé n'était de sa faute. Enfin, on assiste au fur et mesure du récit, à la détérioration morale de Hoess que lui-même semble comprendre.
Hoess resta fidèle à la philosophie du Parti national-socialiste jusqu'au pied de la potence. " Tout ce que Rudolf fit, il le fit non pas par méchanceté, mais au nom de l'impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l'ordre, par respect pour l'Etat. Bref, en homme de devoir : et c'est en cela justement qu'il est monstrueux." (Robert Merle, 27 avril 1972)
Rudolf Hoess a été pendu à Auschwitz devant les crématoires sur un des gibets qu'il avait fait lui-même construire pour les détenus, en exécution du jugement du 4 avril 1947.
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Dans sa première édition, en 1959, le Comité international d'Auschwitz présentait ainsi ce livre : Rudolf Hoess a été pendu à Auschwitz en exécution du jugement du 4 avril 1947. C'est au cours de sa détention à la prison de Cracovie, et dans l'attente du procès, que l'ancien commandant du camp d'Auschwitz a rédigé cette autobiographie sur le conseil de ses avocats et des personnalités polonaises chargées de l'enquête sur les crimes de guerre nazis en Pologne. [...] " Conçu dans un but de justification personnelle, mais avec le souci d'atténuer la responsabilité de son auteur en colorant le mieux possible son comportement, celui de ses égaux et des grands chefs SS, ce document projette une lumière accablante sur la genèse et l'évolution de la "Solution finale" et du système concentrationnaire. Ce "compte rendu sincère" représente l'un des actes d'accusation les plus écrasants qu'il nous ait été donné de connaître contre le régime dont se réclame l'accusé, et au nom duquel il a sacrifié, comme ses pairs et supérieurs, des millions d'êtres humains en abdiquant sa propre humanité. " La préface de Geneviève Decrop (auteur de l'ouvrage Des camps au génocide : la politique de l'impensable, PUG, 1995) replace en perspective ce texte fondamental. Et dans la post-face inédite à cette édition de poche, elle montre en quoi les avancées récentes de l'historiographie de la Shoah renouvellent la portée de sa lecture.
Commentaires
suggestion
salut, je te conseille de lire La mort est mon métier de Robert Merle(si ce n'est pas déja fait ) qui explique progressivement comment Rudolf Hoess a été capable d'accomplir une tache aussi cruelle et inhumaine en racontant d'une facon troublante l'histoire de sa vie, de son enfance à sa mort.
Ok
Bonjour,
Rien que de lire votre commentaire je suis déjà horrifiée. J'ai lu moi aussi le livre holocauste, et j'ai pensé avoir tout lu, mais apparamment il y un tas d'horreur en ce qui concerne l'extermination systématique des juifs pendant la 2è guerre. Je viens de passer commande pour le livre de Hoess.
Je vais dévoir préparer mes mouchoirs.
Je suis désolée pour mon adresse mail, ce n'est en rien une moquerie. Je suis péruvienne et je découvre ici en France l'histoire de la shoah, dans mon pays personne ne parle ni s'intéresse à ce sujet. Il faut dire que la 2è guerre ne nous avait pas affecté. Donc, mon adresse mail ne fait aucune allusion à ce sujet.
Merci.
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