02 juin 2007
La petite fille dans le placard
A six ans Laurence est enfermée par sa mère dans un placard. Sa faute ? Avoir attrapé la rougeole ... et être un risque de contamination pour son petit frère. Elle restera des mois dans sa sombre prison, à attendre de "guérir", à espérer qu'on n'oubliera pas aujourd'hui de lui donner à manger, à rêver surtout que sa mamie, la seule personne lui ayant jamais montré un peu de tendresse, viendra la sauver ...
Le regard candide d'une enfant humiliée, martyrisée, oubliée, sur le monde parfois insensible et souvent cruel des adultes. Le récit déchirant mais pourtant plein de vie d'une enfant meurtrie.
***
Extrait :
Il fait noir, tout noir. Je grelotte. Mon dos ruisselle. J'ai peur, oh tellement ! J'entends des voix, je colle mon oreille à la porte. Un petit rai de lumière filtre par l'entrebâillement, mais mon placard à moi est dans l'obscurité presque complète.
Mon nez se fronce. C'est vrai qu'il sent mauvais ce placard, il sent l'antimite. Je l'avais déjà senti, avant, quand maman l'ouvrait pour y prendre ses affaires et que je la suivais. Mais ça, c'était avant. Maintenant, elle a fait faire un « dressing », comme elle dit. Alors ce grand placard, il est vide. C'est pour ça qu'on a pu y mettre mon petit lit.
Je claque des dents et je suis en nage. Des papillons monstrueux aux têtes hilares me font des grimaces. Ça va pas, maman, ça va pas, tu sais, je me sens si mal. Mais je sais bien que maman ne viendra pas. Elle est chez les Durché en train de faire un bridge, et papa doit l'y retrouver. Ils ne rentreront pas avant très tard ce soir. Je l'ai entendu dire à Tata. Tata non plus ne viendra pas avant de m'apporter mon dîner. Elle m'aime pas, Tata. Je le sais, ça aussi, parce qu'elle n'arrête pas de me le dire : « Si tu crois que ça m'amuse de m'occuper de toi ! J'ai assez à faire avec ton frère. Et puis lui, il est petit à 3 ans ! Tandis que toi, t'en as déjà 6, alors tu peux bien te débrouiller toute seule maintenant ! Et, lui, au moins, il est beau et intelligent par-dessus le marché ! » C'est ma faute, à moi, si je suis toute maigre ? Tata, elle, elle est grosse. Comme un éléphant.
« Vaut mieux faire envie que pitié », qu'elle me dit tous les jours en me tressant les nattes. Et elle tire, aïe, ça fait mal, ne pas pleurer, surtout ne rien dire, elle serait trop contente, elle tirerait encore plus. Moi, je ne trouve pas qu'elle fasse envie. Les garçons non plus d'ailleurs. Elle est toujours toute seule, malgré ses 27 ans. Vieille fille comme dit papa en se moquant d'elle. C'est peut-être ça qui la rend si méchante ? Pas avec Charles mon petit frère en tous cas, non ça, avec lui, elle est très gentille. C'est sûr ! Mais moi, elle me déteste.
Oh, j'ai mal au cœur, j'ai des bourdonnements dans la tête. Et puis ici, je respire plus. Maman, pourquoi tu t'es jamais occupée de moi ? Ça va pas tu sais, et Tata ne viendra pas. Toi non plus, il y a longtemps que j'ai compris.
J'ai 6 ans à peine, des jambes comme des allumettes et un cœur gros comme ça. C'est mon cœur chez moi qui prend toute la place. Mais ce cœur gigantesque, personne n'en veut. Ni maman, ni Tata, ni mon petit frère qui suce son pouce tranquillement alors qu'on m'a attaché les mains pour que je me « déforme pas le palais ». Ni papa. Sait-il seulement que j'existe ? Si, bien sûr ! Parfois, un baiser dans le cou, un clin d'œil furtif, mais vite, avant que maman s'en aperçoive.
Elle ne m'avait pas voulu maman, enfin pas vraiment. Je le sais parce que je les entends qui parlent. J'entends tout et je sais tout.
Pendant sept ans elle avait refusé de me faire. C'est seulement quand papa avait décidé de la quitter qu'elle était « tombée » enceinte. Comme ça, sans le faire exprès (mais moi je crois qu'elle l'avait voulu, au contraire), elle avait trébuché sur sa grossesse et s'était raccrochée à papa pour se soutenir.
« Tu ne peux plus me lâcher maintenant que j'attends TON enfant. » Et elle avait brandi son certificat de grossesse avec la fierté d'un bachelier. Piégé, Georges avait dû tout accepter. Ses migraines, ses nausées, ses envies.
« Tu ne dois plus rien me refuser. Ça ferait du mal à ton enfant. »
Fait. Comme un rat. Mais un rat, c'est malin ; ça trouve toujours un couloir pour s'échapper.
« Très bien. Tu as gagné, je reste ! Mais désormais ma vie privée m'appartient. Je la vivrai comme je voudrai ! »
Mais qui peut vivre sa vie comme il le veut ? Pas lui en tout cas.
Cet enfant que Rose portait, c'était son enfant à lui, elle le lui rappelait à chaque instant. Et cet enfant déjà, devenait une croix à porter, un lien d'acier qui le retenait prisonnier de celle qu'il voulait fuir.
Une main me secoue.
« Réveille-toi, allez dépêche-toi, réveille-toi je te dis ! Il faut que tu manges. Voilà ta soupe. Vite avant que le médecin revienne. »
Une voix sèche qui me vrille les oreilles. Et puis une nouvelle odeur. Un parfum bon marché, grossier.
Mes paupières sont en plomb. Je fais des efforts désespérés pour les ouvrir. Ma gorge me brûle. Le potage est presque froid, heureusement. Il a dû attendre, mais ce sera plus facile à avaler.
Tata est là, dans l'encoignure, sévère comme le croquemitaine dont elle me parle tous les soirs. Cette fois encore, elle n'y manque pas :
« Mange tout, sinon le croquemitaine viendra te chercher pour te croquer dans la forêt. Il aime bien les petites filles toutes maigres. Je me demande pourquoi d'ailleurs, moi je les trouve plutôt moches... » et elle éclate de rire, son rire qui secoue son double menton, sa grosse poitrine, son ventre, comme une mer en furie qui s'agite et qui gronde. La mer gronde et j'ai mal au cœur. Ne pas vomir. Surtout ne pas... Trop tard. Un jet acide a jailli de ma gorge tandis que je me noie dans mes larmes.
Commentaires
...
Coucou
Franchement ce livre,il est trop bien
Faut trop le lire
Biisous
...
j'ai dû lire ce livre pour un atelier lecture en module de psy.
l'histoire est bouleversante, mais je trouve dommage que ce soit écrit si simplement. il y existe également une grande simulitude avec le livre de "l'enfant du placard" écrit par une psy.perso je me demande si c'est une histoire vraie car il y a beaucoup de similitude tout de même.
je lai lu il et super interer san dire ke c une istoire vrai
woullah il fait pitier vous devais le lire
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